Histoire de la Baie

Il y a plus de cent ans, le 11 mai 1879, le premier train de chemin de fer St Nazaire-Le Croisic s’arrête à La Bôle, un lieu-dit quasiment désert, au milieu de dunes plantées de pins.

La gare se trouve là, près d’une caserne de douanes, une cahute plutôt, avec des puces, pour desservir le village d’Escoublac, à l’écart entre Pornichet, Guérande et Le Pouliguen, reliés directement à cette ligne.

D’ABORD, L’ENSEVELISSEMENT D’ESCOUBLAC ET LES PLANTATIONS

Ce village, jadis établi sur le sillon de Guérande, autour d’un prieuré de l’abbaye de Marmoutier (1050), a dû changer de site en 1779 pour fuir les sables pulvérulents ramenés en tourbillons par les fréquentes tempêtes de cette fin du XVIIIe siècle.

Les mauvaises langues dirent alors que les habitants d’Escoublac avaient été les propres artisans de leur malheur en arrachant les plantes arénicoles qui fixaient les dunes pour en faire des balais, ou en laissant des troupeaux de moutons les pâturer.

Le bourg d’Escoublac dut donc abandonner le littoral pour s’établir à un kilomètre de l’ancien village, recouvert par un suaire de sable (l’emplacement actuel de la grande dune).

Sous la Restauration, la menace persistante du sable qui progressait inexorablement vers l’intérieur amena les Pouvoirs Publics à encourager la plantation des dunes. Ils les concédèrent successivement à diverses sociétés chargées d’assurer cette mission, étant entendu que ces dernières en deviendraient propriétaires en cas de réussite.
Le travail à accomplir était considérable :
- fixer à l’aide de résineux 700 hectares de dunes constituant la flèche littorale reliant les anciennes îles du Croisic, Batz et Le Pouliguen, au plateau guérandais.

Il fut réalisé, pour la partie occidentale par la Société Benoît qui a donné ce nom à ce quartier de La Baule ; pour le reste par la Société des Dunes, animée par un homme d’affaires nantais, M. Berthault.
De la conjoncture de ces plantations et de la création de la gare de chemin de fer, va naître la Station Balnéaire de La Baule.

PUIS LA NAISSANCE DE LA BAULE (1879-1914)

Jusqu’en 1879, la commune d’Escoublac est peu touchée par le phénomène touristique, apparu dès 1830 au Croisic.
Seules les franges du grand ensemble sablonneux connaissent un début d’urbanisation, lié au développement des stations voisines : Le Pouliguen – pour le quartier Benoît – et le Vieux Pornichet lointain hameau de Saint Nazaire qui ne tardera pas à prendre son autonomie avec son satellite escoublacais : Pornichet – les-Pins.

Aussi, deux Parisiens, Messieurs Hennecart et Darlu, représentant la société chargée de la construction de la voie de chemin de fer sont-ils frappés par l’intérêt exceptionnel que représente le site de la gare d’Escoublac, au cœur d’une forêt de 700 hectares de pins maritimes, directement riveraine d’une baie de 8 kms de long, à la courbe harmonieuse.
Ils décident d’acheter une quarantaine d’hectares de dunes de La Bôle et de créer une société avec le concours d’entrepreneurs et de commerçants guérandais, pour la réalisation de toutes pièces d’une station balnéaire.

Sous la conduite de l’un de ces derniers, négociant en épices, Monsieur Gageot, surnommé Le «préfet de La Bôle », des rues sont tracées à partir d’un axe reliant la gare à la mer (l’actuelle avenue de Gaulle), une promenade en bordure de mer est aménagée, une estacade implantée. Deux hôtels, une chapelle, un jardin public, des villas destinées à la location sont construites ensuite afin d’inciter à la vente des terrains. Des commerçants s’implantent, les constructions se multiplient. De 1890 à1914, La Bôle devient une station à part entière en même temps qu’elle s’orthographie «la BAULE » (1896).

Entre ces deux noyaux urbains, tout un vaste espace boisé demeure sans construction jusqu’au moment où la Société des Dunes le cède en 1895 à la Société des Instituts Marins fondée par la famille Pavie de Paris, en vue d’implanter un centre de traitement des «enfants tuberculeux de familles riches ».

Dans l’esprit de ces promoteurs, il s’agit d’attirer régulièrement ces familles et de les inciter à investir. A cette fin, un réseau d’avenues est établi, tandis que Monsieur Pavie multiplie les nouveautés techniques sur son lotissement : conception hardie de l’Institut Marin, implantation d’un service postal et télégraphique –le premier de la station -, d’une usine électrique (1900), d’un tramway à pétrole reliant les Stations de la baie.

Les villas ne tardent pas à proliférer. L’Institut Marin se transforme bientôt en Palace (1902) près duquel on crée un Casino en 1904. Avec l’implantation d’un autre établissement hôtelier de luxe en 1908, le quartier Pavie prend rapidement un caractère mondain qu’il ne perdra pas.

ENSUITE, LE GRAND ESSOR

La première guerre mondiale qui arrête toute activité touristique pendant cinq ans a des répercussions inattendues en Presqu’Ile Guérandaise. Celle-ci étant pendant cette période un centre important de débarquement, de garnison et de repos des alliés, elle connaît les années suivantes un afflux considérable de touristes anglo-saxons, ainsi que le traduit l’appellation des nouveaux hôtels (Cécil – Morgane – Select…)

Cet afflux étranger est renforcé par le désir des Français de se détendre après des années d’épreuve. Le phénomène touristique s’amplifie donc, orienté à La Baule par trois personnes : Messieurs André, Lajarrige et Pavie.

Le premier intervient essentiellement dans le lotissement de la Société Foncière (anciennement des Instituts) dont il renforce le caractère mondain. Il prend d’abord en concession pour vingt ans, en 1920 le Casino qu’il transforme et autour duquel il fait aménager des commerces de luxe. Il crée ensuite deux nouveaux palaces et implante des équipements sportifs de qualité : Tennis de l’Interclub, Ecole d’Equitation, Tir aux Pigeons, Golf 18 trous du Pouliguen.
C’est donc entre 1920 et 1930, et grâce à l’action de Monsieur André que La Baule revêt la dimension d’une Station Internationale.
L’action de Monsieur Lajarrige est différente ; elle vise essentiellement à densifier le tissu urbain en étendant la station au Bois d’Amour. Pour cela, cet homme d’affaires parisien achète, en 1921, à la Société des Dunes, cet ensemble qu’il aménage et lotit. Parallèlement il obtient le détournement vers l’intérieur de la voie ferrée qui de Pornichet à La Baule, longe la côte, bloquant le développement du tourisme.

La nouvelle station, La Baule-les-Pins, s’organise autour d’une place centrale, en étoile, la Place des Palmiers et d’une artère la reliant à la gare et à la mer, l’avenue des Tilleuls, l’avenue commerçante.

Les principaux pôles d’animation sont en outre : le Hall des Informations, le marché, le Parc des Dryades, les Tennis et les deux centres culturels. Le nouveau quartier de La Baule est réuni aux autres par un boulevard de mer, le fameux remblai qui constitue le symbole de l’unité bauloise.

Les tendances à l’autonomie des différents lotissements qui constituent La Baule, disparaissent en effet à cette période, d’autant que Monsieur Pavie, un de leurs responsables, devient le premier magistrat de la commune.

ENFIN, LA RECESSION ET LE RENOUVEAU

La crise de 1929 frappe la Station de La Baule. Les investissements prévus sont irrémédiablement suspendus ; le tourisme international disparaît complètement.

Le marasme s’abat sur la Station jusqu’en 1938. Un léger renouveau, lié à la loi sur les congés payés, se fait jours. Mais la seconde guerre mondiale l’interrompt presque immédiatement jusqu’en 1952.

A partir de cette date, l’élévation du niveau de vie, le développement de l’automobile et des congés payés vont permettre à La Baule de retrouver un nouveau souffle. Les grandes villas du remblai sont remplacées progressivement par de grands immeubles qui donnent la possibilité au plus grand nombre de bénéficier de la mer, tandis que le phénomène touristique social fait son apparition : campings, maisons familiales, colonies de vacances.

La Baule change de physionomie, accroît sa capacité d’accueil, notamment celle des résidences secondaires, au détriment de l’hôtellerie.
Après ce renouveau, la Station cherche aujourd’hui de nouvelles voies : extension de la Station - notamment au moyen de congrès – pour rentabiliser au mieux ses équipements, ouverture à l’arrière-pays en vue de diversifier ses pôles d’intérêt et gagner ainsi une nouvelle clientèle.